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KINSHASA COMEDY: INTERVIEW EXCLUSIVE A VOILA NIGHT

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Kinshasa-comedy
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Ce sont tous des jeunes humoristes professionnels du stand up évoluant à Kinshasa, la capitale de la République Démocratique du Congo. Autour de cet art humoristique qu’ils ont en commun, ils sont tombés d’accord que l’idéal pour eux serait de se mettre ensemble pour promouvoir cette discipline artistique mais également pour apporter du sourire et une lueur d’espoir à certains de leurs compatriotes qui traversent des situations diversement dramatiques.

Kinshasa Comedy est donc composé de Félix KISABAKA, Dauphin MBULAMATADI, Serge NHOSSO, Ronsia KUKIELUKILA et Yves César MATUIDI MANZAMBI. L’équipe de voilà night les avait justement rencontrés avant la tenue de la première édition de leur spectacle à Notre Dame de Fatima. Voici l’exclusivité de leur interview :

Voilà N. : C’est quoi le concept « Kinshasa Comedy » ?

Félix K. : Kinshasa Comedy, c’est une structure qui regroupe cinq jeunes artistes humoristes de la RDC, principalement de Kinshasa qui se sont décidés de faire route ensemble.

 

Kinshasa Comedy 3

Voilà N. : Comment cette initiative a-t-elle vue le jour ?

Ronsia K. : il faut signaler que chacun de nous avait une carrière indépendante avant de nous réunir ; Dauphin et Félix évoluaient avec la chaîne de télévision B-one, Serge Nhonsso se retrouvait à la Rtga ; moi et Yves, nous étions à l’Ina. Et nous avons eu le temps de nous rassembler après la perte d’un des nôtres, comme vous le savez, nous avons perdu un grand artiste à la personne de Mira Mikanza.

Dauphin M. : Cela nous a révoltés. Le jour même de funérailles, nous avions été déçus de la manière dont ce grand ami et artiste au talent extraordinaire avait été pleuré. Il avait beaucoup contribué au pays, par rapport à ses œuvres, notamment avec sa chanson sur la paix durant la période de guerres que l’est de notre pays avait connu. Sa perte comme l’organisation de ses funérailles nous ont profondément touchés. Et ça nous poussé à la révolte ; mais ce n’est pas une révolte sauvage, c’est juste un désir d’honorer le métier…

Yves C. : et je pourrais rajouter qu’il n’a même pas son nom gravé sur la place des artistes.

Ronsia K. : Koko Swing, c’est un personnage qui a marqué les gens ici à Kinshasa !

Voilà N. : Si nous comprenons bien, vous vous êtes rassemblés pour honorer la mémoire de Mira Mikanza en produisant des spectacles ?

Félix K. : c’est avec toutes les motivations possibles que nous nous sommes rassemblés. D’une part, pour honorer Mira Mikanza ; mais d’un autre côté, nous voulons valoriser cet art de stand up que nous aimons bien. Par l’humour, nous tentons de procurer de la bonne humeur aux congolais, surtout à nos frères et sœurs qui ont été expulsés de Brazzaville. Nous voulons redorer l’image de notre pays la République Démocratique du Congo, surtout celle de la ville de Kinshasa. Et c’est sans intention de xénophobie.

Ronsia K. : Nous voulons faire comprendre aux gens qu’en République Démocratique du Congo, il y a des talents énormes. Il y a des humoristes qui peuvent faire des choses comme Jamel Debbouze en France, peut-être même mieux que Jamel Debbouze. Mais sur la scène du stand up international, il faut le dire, il n’y a pas des congolais.

Dauphin M. : La RDC, franchement ! Qui ne sait pas que notre pays est très bien réputé côté art et culture? On a de bons musiciens, de bons peintres, de bons artistes dans tous les domaines. Et ce stand up Kinshasa Comedy est juste la première édition qu’on réalise. Il y en aura une deuxième, une troisième… ainsi de suite. Après, nous verrons comment nous pourrions faire venir d’autres artistes humoristes tels que Patson, Jamel, Gad El Maleh et les autres.

Yves C. : il n’y a pas de congolais dans le domaine du stand up sur le plan international, comme mes amis viennent de le dire. Mais il y  en a eu quelques-uns qui ont fait du One man show tel que Danga le faisait, mais c’était uniquement sur la scène nationale. Nous projetons d’aller sur la scène internationale en utilisant la langue française pour permettre à nos amis étrangers ou expatriés de comprendre ce que nous sommes capables de faire. Ainsi, nous nous sommes dit que nous devions nous prendre en charge pour défendre cet art de One man show et de stand up. Si nous devons attendre du soutien qui devrait venir je ne sais où, ou un festival qui devrait être organisé soit par le gouvernement ou par des producteurs, je crois que l’on ne fera absolument rien. C’est comme ça que l’on s’est dit : les amis mettons-nous ensemble et créons Kinshasa Comedy ; faisons de l’humour ; nous arriverions peut être à donner ce goût-là à d’autres pour des grosses productions éventuellement.

Voilà N. : Vous parlez de Jamel Comedy comme une référence ; mais entre Paris et Kinshasa, il y a un grand écart. Et les choses dans la réalisation ne se passent pas de la même façon ; il y a beaucoup plus de difficultés à Kinshasa qu’à Paris. Pensez-vous pouvoir tenir le coup, vous seuls, sans partenaire ni soutien ?

Dauphin M. : Pour cette première édition, nous avons évidemment connus de difficultés. Quand nous étions à la recherche de partenaires au départ, personne ne nous avait crus ; mais nous n’avons pas baissé les bras. Et c’est à la dernière minute que certaines personnes nous ont rappelé notamment pour nous offrir des espaces à la télé afin de passer nos spots publicitaires après beaucoup de bruit que nous avons fait. Si les sponsors veulent accompagner un concept ou des artistes, ils dictent leur loi. Et pourtant, ce qui importe pour nous, c’est beaucoup plus l’effet, l’impact et l’influence que cet art peut avoir sur le public. Aujourd’hui, les congolais ont plus de problèmes, ils sont tristes et vivent avec beaucoup de stress causés soit par le travail, les problèmes familiaux ou sociaux… et quand ils ont une invitation à un spectacle de rire, c’est avec beaucoup d’enthousiasme qu’ils s’y rendent. Personnellement, j’ai reçu un cadeau d’un IPhone parce que j’ai dû réconcilier un couple qui ne s’entendait pas. Ils ont suivi un de mes spectacles à la télé, et se sont tellement mis à rire que la colère est partie.

Yves C. : je vais parachever ce que vient de dire Dauphin. Quand nous sommes allés à la recherche de soutien auprès de sponsors, nous les avons rencontrés sans une réponse favorable. Ils nous ont dits qu’ils avaient du soutien mais que cela n’équivalait pas à notre niveau. Ils jugeaient que nous étions trop petits. Mais nous leur avons tendu des invitations pour qu’ils viennent voir ce que nous sommes capables de faire sur scène. Je crois qu’après cette première édition, l’écho sera favorable pour la suite. Nous pourrions même envisager avec ces mêmes partenaires, pourquoi pas en tout cas, tout un festival pour la promotion de cet art.

Serge N. : Nous pourrions même envisager des tournées universitaires.

Voilà N. : Est-ce que c’est suite à la réponse de partenaires sur la petitesse de taille de votre structure que vous vous êtes tous affichés en culotte ?

Tous : rires…

Felix K. : Notre affiche transmet un message ; il y a un contraste d’abord. Au-dessus sur l’affiche, vous avez pu voir des gens habillés de manière très classe ; nous sommes en tenue de ville mais en dessous, nous avons une tenue de chambre. Le message que nous avons voulu transmettre, c’est que ce sont des personnes sérieuses qui font rire.

Dauphin M. : Nous n’avons pas voulu nous changer en bouffon pour faire rire. Nous restons sérieux dans ce qu’on fait même si ça fait rire.

Ronsia K. : pour rajouter, c’est aussi pour faire noter la différence qui existe entre un humoriste et un comédien. Un humoriste, c’est un artiste qui s’adresse à un public en rapportant des réalités sociales mais tout en restant naturel sans déguisement ni accessoire.

Yves C. : c’est un peu comme la différence qu’il y a le théâtre et le cinéma. Dans le cinéma, on présente les choses dans un élan naturel alors qu’au théâtre, on se déguise.

 

Kinshasa comedy  2

Voilà N. : vous vous êtes présenté  tout à l’heure comme un groupe mais aussi comme des artistes qui ont des carrières indépendantes. Rester uni est un défi difficile à relever ; pensez-vous que vous tiendrez longtemps ensemble comme Jamel et ses amis ?

Ronsia K. : Kinshasa Comedy va prouver aux gens que les noirs peuvent aussi travailler ensemble. Vous avez l’exemple de Magic System, et je pense que nous ferions mieux aussi.

Felix K. : nous sommes ensemble pour la juxtaposition et non pour l’opposition. Si l’un de nous a projet, nous allons le soutenir et vice versa.

Yves C. : je pourrais rajouter que nous sommes frères et nous croyons à la chose à moins que parmi nous il y ait un traitre. On sait qu’un traitre n’a jamais pour le bien de sa communauté. Il y a toujours de gens qui n’aiment pas l’unité ; avec une intention de déstabilisation, ils pourraient appeler l’un d’entre nous pour nous demander d’évoluer de manière solitaire… Mais nous, nous sommes un groupe et nous formons un collectif. Le collectif n’exclut pas les projets individuels.

Serge N. : Et puis les tâches sont partagées. C’est Dauphin qui est notre coordonnateur, Félix KISABAKA est le secrétaire général ; moi-même, je m’occupe de ce qui touche à la finance, et Ronsia et Yves sont assument les responsabilités de directeurs artistiques.

Dauphin M. : je vais parachever ce que Serge disait tout à l’heure. Nous sommes une autre génération qui voit les choses différemment. Nous avons vécu beaucoup de choses, des séparations notamment avec le groupe Wenge, les Marquis de Maison Mère et tant d’autres. Toutes ces séparations nous ont servies de leçons. Prenons l’exemple des artistes des Etats-Unis d’Amérique, ils nous font croire qu’ils existent des conflits entre eux ; mais du jour au lendemain, on se réveille et l’on retrouve un featuring entre Rihanna et Beyoncé par exemple. Nous Kinshasa Comedy, nous nous sommes juré de continuer à évoluer ensemble même contre vents et marées, nous avons scellés un pacte d’unité.

Serge N. : nous avons également des modèles que nous suivons tel que le groupe CNL (Communication Na Lingala) et les autres…

Dauphin M. : et vous aussi Voilà Night, vous nous servez d’exemple d’unité. Si vous vous séparez, nous allons beaucoup regretter.

Voilà N. : c’est bien de dire tout ce que vous dites ; mais est-ce que vous êtes sûrs que vous tiendrez quand il sera question de se partager de l’argent à l’avenir avec le succès que vous pourriez avoir ?

Dauphin M. : chacun de nous a d’abord une occupation à part ce que l’on fait ensemble. Et pour réaliser cette première édition de Kinshasa Comedy, chacun a apporté sa contribution. Déjà, nous arrivons à réaliser des choses avec nos propres moyens, mais je doute fort que les moyens qui pourraient venir de l’extérieur pourraient nous séparer.

Felix K. : Nous sommes une autre génération, et nous avons bâti notre relation sur la confiance et la transparence. Revenons sur l’exemple des Etats-Unis, ils ont perdu la guerre du Vietnam mais ils ont fait des films comme Rambo qui démontrent le contraire, juste pour sauver l’image de leur pays. L’argent crée toujours des problèmes partout au monde ; il faut plutôt chercher à comprendre et à considérer la part de l’autre, ce que l’autre apporte ; je crois que c’est ce qui est plus important. C’est pour cela que je dis toujours que chaque congolais doit prendre ses responsabilités pour bâtir notre société. Nous devons surtout éviter la médiocrité, l’oisiveté, la naïveté et loin de nous l’impunité tout en changeant nos mentalités… c’est ainsi que l’on va restaurer notre fierté et notre dignité.

 

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